Conscience

 

Boris Cyrulnik est l'un des pionniers de l'éthologie française.

Il est aussi neuropsychiatre, psychanalyste, psychologue, auteur de nombreux ouvrages.

"Les animaux ne sont pas des machines, ils vivent dans un monde d'émotions, de représentations sensorielles, sont capables d'affection et de souffrances <> Choisir entre l'homme et l'animal, entre celui qui parle et celui qui ne parle pas, celui qui a une âme et celui qui n'en possède pas, celui qu'on peut baptiser et celui que l'on peut cuisiner. A cette métaphore tragique, qui a permis l'esclavage et l'extermination de peuples entiers, a succédé l'avatar de la hiérarchie, où l'homme au sommet de l'échelle du vivant se permet de détruire, de manger ou d'exclure de la planète les autres terriens, animaux et humains, dont la présence l'indispose. La violence qui me heurte le plus vient justement de la non-représentation du monde des autres, du manque d'ouverture, de tolérance, de curiosité de l'autre."

 

 

LUCILLE Delphine 

 

"De sa main, il chassait les mouches...

On décida qu'il faisait le signe de croix."

Voici un exemple avec l'histoire de Lucille :

Lucille est une delphine d'un delphinarium français

Informations officielles :
Le 28 aout 2015, une bagarre éclate entre deux delphines : Lucille tue un delphineau avant le spectacle. Les spectateurs assistent à la scène, la musique démarre, le show est lancé pendant que le cadavre du bébé est retiré du bassin avec une épuisette.

Voici la présentation du Delphinarium sur internet et documents publicitaires du parc animalier :

"La Cité Marine est un espace aquatique unique, qui vous accueille pour une découverte inoubliable de son groupe de dauphins ! Tous les jours, admirez la présentation au public et savourez un moment de douceur, de complicité et d’émerveillement en compagnie des dauphins. Prolongez la rencontre dans les profondeurs de la galerie sous-marine de 100m de long pour une immersion totale et une vue exceptionnelle sur l’univers des dauphins.

Le dauphin est un mammifère, il doit donc régulièrement remonter à la surface pour respirer. Parfaitement adapté au monde marin il peut nager à 25 km/h, rester en apnée 15 minutes et chasser les poissons dont il se nourrit jusqu’à 300 mètres de fond. Le grand dauphin fait partie de la famille des delphinidés qui compte 36 espèces. Il vit dans quasi toutes les mers et océans du globe. Il est couramment observé sur nos côtes.

Longueur 2 m à 3,80 m, poids moyen 300 kg.
Durée de gestation : 12 mois, naissance d’un seul petit, allaité environ 2 ans.

Le grand dauphin vit généralement en groupe d’une vingtaine d’individus. Parfois un dauphin solitaire peut s’approcher des bateaux et des baigneurs. C’est ainsi que la Bretagne et le littoral de Loire Atlantique sont visités par deux dauphins solitaires qui ont été surnommé Jean Floch et Randy.

Vous avez toujours rêvé d’en savoir plus sur les dauphins et sur le métier de soigneur à leurs côtés ? « Rencontre avec les dauphins » est là pour répondre à vos questions !
Participez à une session privilégiée avec les soigneurs au bord des bassins.

Découvrez la vie du groupe et la relation entre soigneurs et animaux : préparation de l’alimentation du dauphin, soins, anatomie, etc… Tous les aspects du dauphin sont abordés ainsi que les fondamentaux de la relation avec les soigneurs et leur quotidien auprès des animaux."


Ce que l’on apprend plus précisément si on cherche un peu plus loin :

Lucille est née au SeaWorld d'Orlando le 16 avril 1989.

Louise et Ralph, ses parents, avaient été capturés dans l'océan. 

Toute petite, Lucille est exhibée dans la Dolphin Nursery du parc, avant d'être amenée à la Dolphin Cove, où un flot continu de visiteurs peut la caresser pour 45 dollars.

Le 7 juin 1997, on décide de l'expédier en Europe.

Ce départ est un déchirement, car Lucille laisse sa mère pour toujours.

Le delphinarium de Harderwijk a besoin de femelles reproductrices, et malgré son jeune âge, Lucille aura deux fils.

Le 7 avril 2015, un nouveau voyage est imposé à Lucille : on l'envoie dans ce delphinarium français, dont les bassins comptent une majorité de mâles.

Ce nouveau déracinement est terrible. Lucille vient de passer dix-huit ans dans le lagon de Harderwijk. Non sans peine, l'exilée de SeaWorld a fini par trouver sa place dans la foule agitée des dauphins captifs. Elle est même parvenue à y élever ses bébés.

La voici arrachée à sa famille encore une fois. Ses fils sont déjà grands bien sûr, mais ils étaient ses alliés dans le monde violent des piscines surpeuplées.

Lucille débarque donc dans ce nouveau bassin rempli d'inconnus. Des alliances s'y sont nouées dès l'ouverture très contestée du delphinarium en 2008. Tous les dauphins sont jeunes, nés captifs, séparés de leur mère bien trop tôt et socialement acculturés. La cohésion de cette « petite famille » artificielle de quatre mâles et trois femelles confinés dans le même espace ne tient que par la contrainte des dresseurs.

Dès son arrivée, Lucille s'enfonce dans la dépression.

Elle refuse de quitter son bassin de quarantaine.

Son attitude inquiète One Voice (une organisation de défense des animaux) , mais le delphinarium se refuse à y voir un problème.

Lorsque une jeune femelle, Parel met au monde son premier bébé, il lui faut une « marraine » pour l'aider à s'en occuper. Ce rôle essentiel dans la société dauphine suppose l'existence de liens forts entre les deux femelles adultes. Il s'agit toujours d'une relation de confiance qui s'élabore au fil d'alliances subtiles, et non d'un choix posé par l'humain.

En juin 2015, c'est à Lucille que l'on confie le soin de veiller sur la maternité de Parel, et ce trois mois seulement après son transfert, alors qu'elle s'isole et ne veut voir personne.

C’est le drame, le 8 août 2015. Les spectateurs attendent le début du spectacle. Lucille, Parel et son delphineau sont enfermés dans le bassin annexe. Tout à coup, une vive agitation semble s'emparer du minuscule enclos. Sous l'œil médusé du public, les deux femelles tentent de réanimer le delphineau mort en le maintenant à la surface. La confusion est totale mais l'ordre est tout de même donné d'envoyer la musique et de lancer le show. Discrètement, le cadavre du bébé est retiré du bassin avec une épuisette tandis que les cinq dauphins entrent en scène, très troublés, incapables de se concentrer sur les tours à exécuter…


Dans la nature, cette situation ne s'observe jamais. Les jeunes ne quittent jamais vraiment leur famille. À trois ans, ils sont sevrés et s'éloignent alors du clan familial mais y restent attachés leur vie entière par le dialecte et la culture. Les dauphines, tout particulièrement, restent longtemps au sein de leur clan pour élever leurs bébés dans des crèches collectives. Et quand les clans deviennent trop grands, ils se scindent et se multiplient dans les mêmes territoires. Car les dauphins ont des pays, donc des racines, comme nous. Celui des parents de Lucille se situait sans doute dans les Keys en Floride.

On ne peut donc prétendre que les dauphins partent sans se retourner à partir de trois ans. Chez les dauphins libres, une matriarche n'abandonne pas sa tribu. Ces situations ne s'observent jamais en milieu naturel, pas plus que les bagarres mortelles entre une jeune mère et la « marraine » de son bébé.

L'histoire de Lucille nous rappelle de manière dramatique que les déplacements des animaux d'un delphinarium à l'autre sont toujours synonymes d'un traumatisme grave, reconnu dès les années 1960. Ils ne reproduisent en rien les migrations naturelles ni la complexité de la société dauphine.

Enfin, le dauphin fait partie des espèces marines migrantes de grande taille, dotées d'une vive intelligence et d'une riche vie sociale. La captivité lui est fondamentalement toxique.


La souffrance de Lucille n’est malheureusement pas un cas isolé.

​Et ma conscience ?

Que vais-je décider de garder de toutes ces informations ?

Que vais-je en faire ?

Vais-je continuer à emmener mes enfants, les enfants des autres dans les parcs, les zoos, les cirques, dans tous les lieux où les animaux ne sont pas respectés, voire maltraités ? En me réfugiant derrière l’idée que c’est bien qu’ils aient un accès facile et ludique pour découvrir les animaux ? Sans me préoccuper des conséquences de cette manipulation subtile exercée sur ces jeunes individus malléables ?

Je ne pourrai pas dire que je ne savais pas et  serai responsable de cet héritage à mes enfants. Eux-mêmes auront des enfants, que leur enseigneront-ils ?

Vais-je me taire lorsque, lors d’une réunion de famille ou d’amis, lorsque le sujet des parcs, des zoos, des cirques sera abordé ?

Vais-je vite oublier ma lecture en la balayant avec un argument facile du style : « on ne peut pas sauver le monde !!! »

Ou bien...

Vais-je m’engager dans une démarche au bénéfice des générations suivantes, en faisant l’effort de sortir du conditionnement mensonger dans lequel je suis enfermé(e) avec mes aïeux ?

Vais-je avoir le courage de dénoncer ?

De transmettre l’information autour de moi ?

D’expliquer à mes enfants, à mon entourage,  la raison pour laquelle nous n’irons pas au Parc ?

Apprendre à identifier et à exprimer les dysfonctionnements, les troubles du comportement des animaux, n'est-ce pas un premier pas vers la reconnaissance des maltraitances envers eux, et, à travers eux, de nos propres traumatismes, de celles de nos enfants, de l'ensemble des êtres vivants ?

N'est-ce pas une ouverture au respect des autres et aussi de soi-même, une autorisation à exprimer sa sensibilité, le début d'un cheminement vers la sérénité, un espoir offert à nos descendants ?

Que deviendrait le delphinarium de Lucille si la direction du Parc choisissait de libérer Lucille et ses congénères pour les rendre à leur famille et leur océan ?

Les Parcs pourraient-ils corriger leurs erreurs et s’orienter vers une communication juste ?

Se pourrait-il que ce delphinarium, par exemple, oriente sa communication sur le respect de l’animal et fasse valoir son changement de position par un travail de réhabilitation de ses propres dauphins  avec la participation des soigneurs ?

Transformer les bassins en lieu de soin provisoire pour les animaux aquatiques avant leur remise en liberté ? Donner l’opportunité au dauphin de s’exprimer librement avant son départ vers la liberté.

Et plutôt organiser des sorties en mer bretonne avec l’espoir d’en croiser un ?

ou encore réaliser un film en partenariat avec d’autres parcs, zoos, professionnels et organisations concernés par les dauphins, film qui serait projeté uniquement dans les parcs avec une mise en scène son et lumière autour du bassin du delphinarium ? 

Ainsi montrer l'exemple et donner l'idée d'une reconversion constructive et joyeuse à d'autres delphinariums,

Et par cette voie, nous rendre plus humains...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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